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    Les Portraits de Gaillardes

    Portraits de Gaillardes est un projet photographique porté par le CIDFF du Limousin, en partenariat avec une photographe professionnelle, dans le cadre du Contrat de ville de Brive.

    À travers cette démarche artistique et humaine, le projet avait pour ambition de donner la parole à des femmes souvent peu visibles dans l’espace public et de mettre en lumière la richesse de leurs parcours, de leurs expériences et de leurs regards sur la vie.

    Douze femmes brivistes, aux origines, âges, parcours et histoires de vie différents, ont accepté de se prêter à l’exercice du portrait photographique et de partager une part de leur vécu. Chaque rencontre a été pensée comme un temps d’échange, d’écoute et de confiance, afin de faire émerger des récits authentiques et de révéler la singularité de chacune.

    En valorisant ces trajectoires de vie, l’action Portraits de Gaillardes invite à porter un autre regard sur les femmes, à reconnaître la diversité de leurs expériences et à rappeler que chaque histoire mérite d’être entendue. Au-delà des portraits, ce projet est une invitation à célébrer la force, les engagements, les aspirations et la résilience de femmes qui participent, chacune à leur manière, à la richesse du territoire.

    Une exposition photographique viendra prochainement partager ces portraits avec le grand public, afin de poursuivre cette démarche de sensibilisation et de valorisation des parcours de femmes.

    Venez rencontrer Michèle, Cheyenne, Valérie, Alexia Fabiana, Isabelle, Nathalie, Jocelyne, Kattel, Pinar, Asmae, Nicole et Houda.

     

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    Michèle est revenue à la source. Née à Brive, partie longtemps, elle a choisi, plus tard, de vivre autrement. Quitter une vie toute tracée. Arriver avec peu. Et découvrir que la liberté a un prix — mais qu’elle ne regrette rien.

     

    Michèle – Le pilou-pilou ou le prix de la liberté

    Elle est née à Brive.
    C’est là que tout commence.

    Les vingt premières années de sa vie se passent ici, à Larche. L’enfance, l’adolescence, les attaches. Puis vient le départ. Elle quitte la région pour Paris afin de faire ses études. Elle choisit de devenir assistante sociale. À l’époque, seules deux écoles sont gratuites : Limoges et Paris. Elle choisit Paris. Surtout pour partir. Pour s’éloigner de sa famille. Pour se construire.

    Paris est un choc. Elle ne s’y sent jamais vraiment chez elle. Elle reste une fille d’ici. Mais cette distance est nécessaire.

    Très jeune, elle rencontre son premier mari, d’origine africaine. Cette relation provoque un véritable séisme familial. Elle parle d’une crise d’adolescence tardive. Quelque chose qui bouscule tout. Ils vivent ensemble jusqu’à ses quarante ans. Ils se séparent parce que leurs chemins ne peuvent plus se rejoindre. De cette union naissent quatre enfants. Quatre enfants magnifiques, dit-elle, avec une fierté tranquille.

    Sa vie professionnelle s’inscrit dans le prendre soin. Assistante sociale, puis éducatrice, cheffe de service, directrice d’établissements associatifs. À cinquante ans, elle reprend des études à l’université pour comprendre pleinement ce que signifie diriger. Une carrière riche, parfois difficile, mais traversée par une chose essentielle pour elle : la liberté.

    Puis il y a une autre rencontre. Une autre histoire, longue de presque vingt ans. Ensemble, ils construisent une maison. Une vie. Jusqu’à la maladie puis la mort. À soixante-cinq ans, elle se retrouve seule dans cette maison pleine de souvenirs. Elle y reste encore cinq ans. Peu à peu, elle tourne en rond.

    C’est pendant la maladie de son mari qu’elle commence, presque par hasard, à colorier, puis à peindre à l’aquarelle. Elle n’avait jamais peint avant. La peinture l’aide à traverser le deuil. La musique aussi. Après sa mort, elle rejoint une association d’arts plastiques. Elle explore l’aquarelle, l’acrylique, la gravure. Elle découvre le lâcher-prise. Michèle comprend qu’elle a besoin de beauté autour d’elle pour se sentir bien.

    Un jour, chez sa sœur, elle voit une affiche pour une colocation. Si elle la voit, c’est que l’idée est déjà là. Elle s’est intéressée aux habitats participatifs, mais ce sont des projets longs. À son âge, elle cherche un lieu existant. Un endroit où arriver.

    Elle demande une période d’essai. Huit jours. Cela dure bien plus longtemps. Elle teste même avec ses petits-enfants. Ils adorent.

    Elle s’installe définitivement au mois de mai. Cela fait bientôt quatre ans. Elle vend sa maison. C’est difficile. Cette maison, c’était une sécurité. Une vie entière. Mais en arrivant ici, elle comprend qu’elle ne termine pas quelque chose. Elle commence autre chose.

    Avant cela, il y a eu près de trente ans dans le Loiret, un passage en région parisienne. Et puis le retour.
    Le retour à Brive.

    Elle dit souvent, avec un sourire : « J’ai fait mon saumon. »
    Revenir à la source.

    En revenant, elle redécouvre la région, les paysages, une atmosphère familière. Quelque chose se réactive. Une attache profonde. Une grande partie de sa famille repose ici. C’est son pays. Ses racines.

    Parmi les moments dont elle est la plus fière, il y a ce départ. Quitter une vie toute tracée pour venir ici. Arriver avec peu de choses. Des vêtements. Une machine à coudre. Du matériel de dessin. Deux petits meubles. Et une immense sensation de liberté.

    Il y a aussi son divorce. Elle se souvient d’un soir, seule dans un supermarché, achetant des balais et une serpillière pour son nouveau logement. Elle jubilait.

    Et puis il y a l’envers de la liberté.
    Elle se revoit en pilou-pilou, devant le miroir, se disant :
    « Le prix de la liberté, parfois, il pique un peu. »

    Mais elle n’a jamais regretté.

    Aux jeunes générations, et aux femmes, elle dirait :
    ne pas se résigner.
    S’écouter.
    Se faire confiance.
    Garder la liberté comme un cap.

    À la jeune fille qu’elle a été, elle dirait : « Aie confiance. Aime-toi. N’accepte pas ce qu’on te présente comme normal si cela te fait violence. »

    Et surtout : « Primum non nocere », tiré du serment d’Hippocrate — d’abord, ne pas nuire.
    Une évidence, presque, pour celle dont le premier rêve était de devenir médecin.

    Ne pas nuire.
    >
    Ne pas nuire aux autres.
    >
    Ne pas se nuire à soi-même.
    >
    Ne pas nuire au vivant.

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    Longtemps, j’ai cherché ma place dans un système qui ne comprenait ni mes silences ni mes angoisses. Aujourd’hui, je trace mon propre chemin, loin des jugements, entre l’écriture et la création. Ma plus grande fierté est d’avoir transformé mon mal-être en images et en mots, pour prouver que ce que nous vivons n’est jamais « de la comédie ».

     

    Cheyenne – Hors des cases, au plus près de soi

    Je m’appelle Cheyenne, j’ai 20 ans et je vis dans le quartier de Rivet avec mes parents. En ce moment, je suis accompagnée par la mission locale et je participe à différents projets. J’aime lire, écrire, jouer aux jeux vidéo et écouter de la musique.

    Mon parcours : entre doutes et reconstruction

    J’ai grandi à Brive, dans un cadre avec des repères. Mon enfance, ça allait, mais c’est surtout à l’adolescence que ça s’est compliqué, surtout avec l’école. J’ai commencé à faire des crises d’angoisse, je n’arrivais plus à y aller, au point parfois de me cacher pour éviter les cours. Ce n’était pas juste « pas envie », c’était vraiment un mal-être que je ne comprenais pas moi-même. Ce qui a été difficile, c’est que je ne me suis pas sentie écoutée. On me demandait surtout de retourner en cours, sans vraiment chercher à comprendre pourquoi ça n’allait pas. J’ai essayé quand même, avec des aménagements, mais ça ne changeait pas le fond du problème.

    À un moment, j’ai intégré une école différente, une Maison Familiale R, avec des stages et moins de pression. Ça m’a permis de continuer, de tester des choses, et d’obtenir mon brevet. Ça, c’était déjà une étape importante pour moi. Après, j’ai essayé de retourner dans un lycée classique, mais ça n’a pas marché. J’ai senti que je ne pouvais plus continuer comme ça, alors j’ai fait le choix d’arrêter l’école pour me préserver.

    Aujourd’hui, la mission locale m’aide à avancer autrement. J’ai pu participer à des projets, comme un court métrage sur la santé mentale, où j’ai touché à l’écriture et au tournage. Ça m’a permis de découvrir que j’aimais vraiment créer. Maintenant, j’ai des idées de projets qui me font avancer : j’aimerais travailler dans le cinéma, ou avec des animaux sauvages. Je ne sais pas encore exactement où ça va me mener, mais j’avance à mon rythme, en essayant de construire quelque chose qui me correspond.

    Ma plus grande fierté : « C’est de la comédie »

    Ma plus grande fierté, c’est d’avoir participé au film qu’on a réalisé. On a construit le projet ensemble, à partir de ce qu’on vivait tous, autour de la santé mentale, surtout la dépression. On était différents, mais en même temps on se retrouvait sur ça, donc ça nous a rapprochés. J’ai réussi à m’impliquer sur plusieurs mois, à aller jusqu’au bout, ce qui n’est pas toujours facile pour moi. J’ai participé à l’écriture, au tournage, souvent derrière la caméra, et au travail en groupe, en écoutant les autres et en proposant des idées.

    Le titre « C’est de la comédie », il est venu d’une phrase qui fait mal : quand les gens pensent qu’on exagère, qu’on n’est pas vraiment mal, que c’est « dans notre tête ». On a choisi d’en faire ce titre pour faire passer le message, c’est sérieux. C’était une façon de montrer ce qu’on vit et de faire comprendre que ce n’est pas juste de la comédie.

    Je suis contente de voir que je suis capable de m’investir sur une longue période et de m’améliorer en autodidacte.  

    Ma vision et mes messages

    Concernant les droits des femmes aujourd’hui, je pense que ça dépend vraiment des situations. Parfois ils sont respectés, et parfois on a l’impression que non, que certaines personnes s’en fichent.

    Personnellement, je n’ai pas forcément vécu de grosses injustices, ou alors je ne m’en suis pas rendu compte. Mais je vois quand même qu’il existe encore des comportements problématiques, surtout sur les réseaux sociaux, où certains discours peuvent être choquants et influencer les autres.

    Si j’avais un message à transmettre aux autres femmes, surtout aux plus jeunes, ce serait de ne pas se laisser faire. Quand quelque chose nous met mal à l’aise ou nous paraît pas normal, il faut oser le dire, même si ce n’est pas toujours facile. C’est important d’apprendre à reconnaître les situations qui ne sont pas normales, parce qu’on peut parfois s’habituer à des choses qui ne devraient pas l’être. Et si on a un doute, il ne faut pas hésiter à en parler autour de soi, pour avoir du recul.

    Pour moi, réussir sa vie, ce serait faire quelque chose que j’aime vraiment. Surtout, réussir à aller mieux mentalement, être stable, parce que ça c’est vraiment important pour moi. L’argent, oui, il en faut, beaucoup si possible, de quoi vivre, être bien mais pas le dépenser n’importe comment. En vrai, je veux surtout une vie simple : être tranquille, peut-être à la campagne, avec des animaux. Si j’arrive à ça, pour moi, c’est bon, j’ai réussi.

    Quand on lira mon portrait, j’aimerais que les gens retiennent que je suis quelqu’un qui ne rentre pas forcément dans les cases et que c’est pas grave. J’aimerais qu’ils retiennent que même si c’est pas toujours simple, même si on galère, on peut quand même avancer, trouver des choses qui nous plaisent, des projets, des trucs qui nous tiennent. Même si on est un peu perdu ou différent, on peut quand même s’en sortir à notre manière.

    Quand j’ai exprimé mon mal-être aux professionnels, j’aurais aimé qu’on m’explique vraiment ce qui se passe, qu’on me dise que c’est normal d’avoir peur, de ne pas tout comprendre. Qu’on me donne le droit d’avoir mes choix, mes émotions, mes doutes… Sans jugement. Juste de l’écoute, de la présence. Rien que ça, ça change tout.

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    Il y a eu l’ombre : l’emprise, la peur, l’effacement. Puis un jour, une main tendue, un pas vers ailleurs. Valérie a quitté ce qui la détruisait pour reconstruire ce qui la fait vivre. Derrière son histoire, il y a aussi les failles d’un système qui peine encore à protéger. Son parcours nous rappelle une chose essentielle : le silence protège les violences, mais la parole, elle, ouvre le chemin vers la liberté.

     

    Valérie – Après l’ombre, la lumière

    Je m’appelle Valérie, j’ai 57 ans. Je vis aujourd’hui en Corrèze, après avoir beaucoup déménagé. Mère de trois enfants, je suis aussi grand-mère. J’ai écrit un livre qui retrace mon histoire et je suis en train de préparer la suite. 

    Je suis originaire du Nord, où j’ai grandi dans un environnement familial compliqué. J’ai ensuite quitté ma région et vécu en région parisienne, puis en Bretagne, avant de m’installer en Corrèze. Après un parcours marqué par des épreuves, je suis venue m’installer à Brive où j’ai trouvé une forme d’équilibre et une certaine tranquillité. Cet environnement accessible et familial compte beaucoup pour moi.

    J’ai eu trois enfants et j’ai longtemps porté seule leur éducation. Après une première relation difficile, j’ai réussi à m’en sortir, mais j’ai ensuite rencontré une autre personne avec qui j’ai vécu une relation avec des violences et de l’emprise psychologique. Cette période a eu des conséquences importantes dans ma vie.

    Le plus difficile à expliquer, c’est l’emprise. Au début, on ne la voit pas forcément. C’est peu à peu, que l’on perd ses repères. J’ai vécu des situations d’isolement, des difficultés financières, et une inquiétude constante. Même après l’incarcération de cette personne, les conséquences ont continué.

    Un moment déterminant de ma vie a été une main tendue, des messages réguliers de soutien d’une professionnelle qui a compris et s’est adaptée à ma situation, pour finalement ma rencontre avec La Maison De Soie, une structure d’accompagnement pour femmes victimes de violences. J’ai été la première femme accueillie dans ce dispositif à son ouverture et pour la première fois, quelqu’un m’écoutait et me suivait dans mes démarches.

    Aujourd’hui les droits des femmes ont évolué, c’est certain. Il y a plus de reconnaissance, plus de structures, plus de dispositifs pour accompagner les victimes, mais il reste encore beaucoup à faire. Les violences, notamment psychologiques, sont encore mal comprises. Trop souvent, les victimes ne sont pas crues ou sont jugées. On leur demande pourquoi elles ne sont pas parties, sans comprendre les mécanismes d’emprise. Ce sont-elles qui sont arrachées à leur foyer, qui perdent leurs repères, bien souvent avec leurs enfants, alors que leur bourreau reste à la maison en attendant que la justice fasse son travail. 

    Si je pouvais m’adresser à la jeune femme que j’étais, je lui dirais : « Vis ta vie comme tu le souhaites et non comme les autres te l’impose. Reste vigilante. Ne minimise jamais les signaux d’alerte. » Je lui dirais de ne pas rester dans le silence et de demander de l’aide dès que c’est possible. Parler est essentiel. Il ne faut pas attendre que la situation devienne insupportable.

    Mon message aux autres femmes est simple : ne restez pas seules. Parlez, même si c’est difficile. À une amie, à un proche, à une structure. Il existe des solutions. Même si ce n’est pas immédiat, il faut essayer de garder le lien avec quelqu’un.

    Je dirais aussi à l’entourage : soyez présents, patients, à l’écoute. Ne jugez pas. Parfois, juste être là peut tout changer. 

    Pour moi, la réussite c’est faire de sa vie un rêve et de ce rêve une réalité. « C’est vivre ce qu’on veut se donner à soi-même et surtout être libre. Libre de ses choix, libre de vivre sans peur ». C’est pouvoir vivre simplement et décider pour soi.

    Ma plus grande fierté est professionnelle, quand j’ai été auto-entrepreneure. J’avais deux choses : j’étais agent immobilier et j’avais un garage. Je travaillais le soir, les week-ends. C’était beaucoup de travail mais hyper intéressant.

    Aujourd’hui, je considère que je suis en reconstruction. J’ai retrouvé un logement, un travail, et un quotidien plus stable.

    J’aimerais qu’on retienne mon parcours tel qu’il est. Et que ça puisse servir à d’autres personnes. Je veux que mon témoignage serve, qu’il aide d’autres femmes à se reconnaître et à agir.

    Mon rêve aujourd’hui ?
    Vivre paisiblement chez moi. Faire ce que je veux.
    Même après des épreuves très lourdes, il est possible de reconstruire quelque chose qui nous ressemble.

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    Alexia est une jeune femme qui a appris à se connaitre et qui construit son futur avec prudence et confiance. Son message : Prenez le temps de vous rencontrer, de vous écouter et de vous construire. Le monde n’a pas besoin que vous l’imitiez, il a besoin que vous fleurissiez à votre propre rythme. Soyez votre priorité.

     

    Alexia Fabiana – Apprendre à devenir soi 

    Je m’appelle Alexia Fabiana, je suis née à Lille et je suis arrivée à Brive quand j’avais environ cinq ans. Au début, je ne connaissais rien ici, mais j’ai grandi dans cette ville et aujourd’hui, elle fait partie de mon histoire. Mes parents sont originaires du Cameroun, j’ai donc grandi avec cette double culture. Je me sens française et je reste attachée à mon pays d’origine. Pour moi, ce n’est pas contradictoire : on peut avoir deux cultures, deux façons de voir le monde, et en faire quelque chose de riche.

    Aujourd’hui, je vis avec mes deux petits frères et ma mère. La famille est la base de tout. Je me décris souvent comme quelqu’un de casanier ; j’aime être dans mon espace, lire, même si j’apprécie aussi les moments de vie chez nous, entre musique, cuisine et discussions. Parfois on débat ou on se dispute, mais ce que j’aime surtout, ce sont les moments simples où l’on regarde de vieilles vidéos en rigolant de nos souvenirs. Ces instants comptent énormément.

    Mon parcours : de l’hésitation à l’affirmation

    Mon parcours est marqué par une évolution personnelle profonde. Quand j’étais plus jeune, j’étais très timide et je préférais suivre plutôt que d’affirmer mes avis, mes idées, qui pouvaient être différentes des autres. Aujourd’hui, à vingt-quatre ans, je me sens différente, plus affirmée. Je suis passée de la jeune fille qui hésite à la femme qui assume qui elle est. Trouver sa place n’est pas simple quand les autres essaient de vous mettre dans une case, mais j’ai compris que le plus important était d’apprendre à se connaître et à s’accepter.

    À un moment, j’ai ressenti le besoin de prendre mon indépendance. C’était une vraie expérience d’autonomie où j’ai appris à me débrouiller seule. Ce passage m’a permis de prendre du recul sur ma vie, de comprendre ce que je voulais vraiment et ce qui comptait pour moi. J’ai aussi connu des déceptions et des échecs qui m’ont rendue plus prudente. Aujourd’hui, je sais que la confiance demande du temps. J’aimerais un jour construire une famille, me marier et être maman, mais je sais que cela dépend de la rencontre avec la bonne personne.

    Conseils et fiertés

    Si je pouvais parler à la jeune Alexia de dix-huit ans, je lui dirais de se concentrer davantage sur elle-même, ses études et ses projets, plutôt que de vouloir imiter les autres. Je lui dirais : « Construis-toi d’abord, deviens la femme que tu veux être. Le reste viendra après. » Ce conseil m’aurait évité bien des difficultés.

    Ma plus grande fierté n’est pas un diplôme, c’est ma famille. Malgré les moments difficiles, nous sommes restés soudés. Cette solidarité n’est pas une évidence partout, et chez nous, elle est la base de ma vision de la vie. C’est aussi pour cela que j’aime être entourée de personnes que je choisis vraiment ; je fonctionne mieux quand je sélectionne les gens avec qui je peux être moi-même.

    Femme et citoyenne

    En tant que femme, je réfléchis beaucoup à notre place dans la société. Il y a encore beaucoup à améliorer, notamment face aux violences conjugales ou aux injustices. À Brive, la vie est plutôt tranquille comparée à d’autres villes ou pays, mais même ici, on fait face à des comportements masculins gênants dans la vie de tous les jours. J’ai appris à composer avec cette vulnérabilité, tout en pensant qu’il faut continuer d’en parler pour que les choses changent.

    Pour moi, réussir sa vie ne signifie pas avoir beaucoup d’argent, mais être heureux et en paix avec soi-même. Quelqu’un de vraiment heureux reste gentil et n’a pas besoin de rabaisser les autres. Quand on lira mon portrait, j’aimerais simplement qu’on retienne : « C’est Alexia. » Pas une étiquette, juste une personne avec son histoire, ses valeurs et ses doutes.

    Malgré le négatif que l’on voit souvent, je veux garder espoir. Je reste convaincue qu’il existe encore beaucoup de bonnes personnes, sincères et bienveillantes. Il faut apprendre à être prudent, mais sans jamais perdre confiance dans les autres. C’est peut-être l’enseignement le plus précieux que j’ai acquis en grandissant.

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    Isabelle, 37 ans. Briviste de cœur, maman solo et combattante du quotidien. Solaire et déterminée, elle a choisi de quitter son costume de « Wonder Woman » pour savourer l’essentiel : l’autonomie de sa fille, la force des amitiés sincères et le droit de penser à elle.

     

    Isabelle – Choisir ses combats et rester soi-même

    Je suis née à Nantes, mais c’est le Limousin qui m’a façonnée. Tulle d’abord, Brive ensuite, un passage par Limoges pour le lycée et les premières vraies libertés. Ça fait treize ans maintenant que je suis posée à Brive. C’est chez moi.

    Une adolescente comme les autres — ou presque

    Ce qui m’a construite ? Vivre comme une ado normale. Sortir, boire des coups, partir en vacances avec les copains en cotisant chacun notre part. J’ai eu la chance de tomber sur des amis qui ont toujours fait abstraction du fauteuil. Pour eux, c’était juste un accessoire. Isabelle d’abord, le fauteuil après. Pas de pitié, pas de regard condescendant — juste : « Si tu veux, on te porte. » Point. On est sortis en boîte, on a fait des bêtises, on a ri. Ma meilleure amie de cette époque habite à Guéret aujourd’hui. On se voit une fois par an quand on peut, mais on s’appelle, on est là pour les moments importants. Il y a trois ans, j’étais son témoin de mariage. Ces rencontres-là, elles vous portent toute une vie.

    Ma plus grande fierté : Jade

    Je n’aurais jamais imaginé devenir mère. Envie, oui. Mais avec ce petit doute qui traîne : « Vu ta situation, comment vas-tu faire ? » Et puis non. J’ai eu un enfant. Une fille. Jade.

    Elle a une trisomie 21, et honnêtement, c’est un défi de plus — mais je le prends comme quelque chose de positif. Ma fille m’a appris la patience. Elle m’oblige à voir le monde autrement, avec son regard à elle, différent du mien. Elle a une persévérance folle. Je suis fière d’elle, même si je ne lui dis pas trop souvent — faut pas qu’elle prenne la grosse tête, c’est une ado quand même.

    Ce que je veux pour elle, c’est l’autonomie. Je veux qu’elle ait au moins le minimum pour avancer dans la vie. 

    Il y a eu des obstacles, bien sûr. À un moment, j’avais repris une formation et il fallait la faire garder. On m’a dit oui, puis on a trouvé des petits trucs qui n’allaient pas, on ne l’a pas laissée s’intégrer. Heureusement, une assistante sociale m’a aidée, et j’ai trouvé une personne bienveillante qui a accepté Jade telle qu’elle est, à son rythme. Il y a de belles personnes. Il faut juste les trouver.

    Maman solo : le double standard

    Être maman solo avec une ado, c’est une tempête émotionnelle permanente. Le maquillage, les tenues changées trois fois par jour, les lessives qui s’enchaînent, les négociations pour tout. Mais ce qui me frappe, c’est le regard de la société. Une maman solo qui gère tout, c’est « normal ». Un papa solo qui fait pareil ? C’est exceptionnel, merveilleux, admirable. Deux poids, deux mesures.

    J’ai eu Jade à vingt-deux ans. Jeune, en fauteuil, seule. Vous imaginez les regards. Pas tous méchants, mais assez pour que je me dise qu’il fallait toujours en faire plus. Que l’enfant soit nickel, pas une basket usée, pas un cheveu de travers. Cette peur du jugement, elle m’a bouffée un moment. J’avais mis la barre trop haute. Je me croyais obligée d’être Wonder Woman.

    Le burn-out et le déclic

    À trente ans, j’ai craqué. Burn-out. Tout ce que j’avais accumulé sans jamais m’arrêter m’est retombé dessus. Avant, j’avançais comme un robot, je n’avais pas le temps de me poser. Il fallait construire un avenir pour Jade, prouver que je pouvais y arriver, ne jamais montrer de faiblesse. Je me suis oubliée.

    Aujourd’hui, je vois les choses différemment. J’ai du recul. Je choisis mes combats. Je n’ai plus besoin de tout faire, de tout prouver. À la jeune femme que j’étais, je dirais : « Ne t’inquiète pas. Tu vas rencontrer des obstacles, mais un jour tu comprendras que t’as pas besoin d’aller vite, t’as pas besoin d’être parfaite. » C’est peut-être l’approche de la quarantaine, mais franchement, dans ma tête, je suis plus détendue.

    Les droits des femmes : encore du chemin

    Il y a des progrès, mais il reste des petites inégalités bien ancrées. Au travail, dans les regards. Un homme qui a plusieurs conquêtes, c’est un séducteur. Une femme, c’est autre chose. Une femme qui porte une jupe, on va penser que c’est pour quelqu’un. Un homme en belle chemise, c’est juste qu’il a envie d’être beau gosse. On n’a pas le même traitement.

    Et puis il y a l’accessibilité. À Brive, ça a évolué — les bus sont accessibles, il y a eu des efforts. Mais tout n’est pas encore ça. Les rampes trop raides pour un fauteuil électrique, les racines d’arbres sur les trottoirs, ma porte d’immeuble trop lourde. C’est comme les droits des femmes : il y a du progrès, mais ce n’est pas fini.

    La vie amoureuse : le vrai combat

    Le plus compliqué aujourd’hui ? Trouver quelqu’un. Sur les applis, dès que je montre le fauteuil, c’est soit « Oh ma pauvre, qu’est-ce qui t’est arrivé ? », soit le ghosting pur et simple. Je ne demande pas la pitié. Je demande l’honnêteté. Si ça ne matche pas, dites-le, comme avec n’importe qui. On a un cœur, nous aussi.

    J’ai mis des photos avec mon fauteuil, mes baskets à paillettes à côté, un petit dessin humoristique dans ma bio : « Attention, je peux vous rouler dessus. » Faut bien rire. Mais quand on me demande « Tu marches quand même un petit peu ? », je sais que ça n’ira pas plus loin. Ce que je voudrais, c’est qu’on me demande simplement si je suis autonome. Pas si je fais des petits pas.

    Ce que j’aimerais transmettre

    Aux jeunes femmes, je dis : aimez-vous telles que vous êtes ! Les réseaux sociaux, c’est bien, mais ce n’est pas la réalité.

    Et puis entourez-vous de gens positifs. Des gens qui vous tirent vers le haut, pas ceux qui ressassent leurs problèmes en boucle. Faites le tri. Choisissez vos combats. 

    Réussir sa vie

    Pour moi, réussir sa vie, c’est s’accepter tel qu’on est, faire ce qu’on aime, être autonome — handicapé ou pas. Être heureux, même si c’est subjectif, même s’il y a des jours avec et des jours sans, on avance.

    Qu’est-ce que j’aimerais qu’on retienne de moi ? Que je suis une personne positive. Que j’ai traversé des trucs, mais que je suis toujours là. 

    Et si vous me croisez à la Base un mardi soir avec mes meilleurs amis, passez me faire un coucou. On verra bien ce que ça donne.

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    Nathalie – Une vie en équilibre : Traverser l’ombre, choisir la lumière

    Je m’appelle Nathalie. Je suis née en 1967, dernière d’une fratrie de six enfants. J’ai grandi entre Dreux et la campagne d’Anet, dans une famille nombreuse où l’on apprenait tôt à faire sa place.

    Mon père était un homme marqué par son passé, rigide, exigeant. Ma mère, elle, était douceur et courage mêlés. Elle a élevé six enfants, appris à conduire à 44 ans, à nager à 50. Elle avait connu la guerre, la perte précoce de ses parents, les sacrifices silencieux. Très tôt, j’ai compris que devenir femme signifiait souvent faire passer les autres avant soi. 

    Nous partagions des escapades : à Paris, en Angleterre avec des rires dans une voiture conduite à gauche, des petits-déjeuners dans des bed and breakfasts. Ces souvenirs sont mes trésors. J’étais comblée de joie d’apporter du bonheur à ma maman qui le méritait grandement. 

    J’ai élevé ma fille avec ce même lien d’amour. Ensemble nous avons découvert de nouveaux horizons : Afrique du Sud, Sénégal, Maroc ou encore Guadeloupe. 

    Plus tard, quand une tumeur au cerveau a peu à peu privé maman de la vue, de la parole, puis de toute autonomie, quelque chose s’est fissuré en moi. La voir allongée, dépendante, silencieuse, a ouvert une faille immense.  C’est à ce moment-là que la dépression m’a engloutie. Les insomnies sont arrivées, les angoisses constantes puis les hospitalisations en psychiatrie, les traitements lourds, la perte de repères et les tentatives de suicide.

    Mon couple n’a pas résisté à ces années de tempête. La garde de ma fille, Julie, a été confiée à son père. Cette séparation a ravivé ma douleur. Julie a grandi trop vite. Elle a vu sa mère hospitalisée, absente, fragile. Pourtant, elle est devenue une jeune femme forte, brillante, solide. Elle est ma plus grande fierté.

    Après le décès de ma mère en 2013, puis celui de mon père en 2014, j’ai cru ne jamais pouvoir me relever. Les hospitalisations se sont multipliées. Les structures d’accueil aussi, J’ai connu la dépendance, la curatelle, la peur du regard des autres, l’isolement.

    En 2021, je vivais en maison d’accueil personnalisé. Les angoisses étaient encore très présentes, notamment autour du temps et des repas. Le temps me paraissait parfois filer trop vite, parfois s’étirer à l’infini. 

    Aujourd’hui, je vis en résidence autonomie. C’est une étape importante. J’ai mon logement, mon espace. Je fais mes courses, je gère mon quotidien avec un cadre sécurisant. Je participe aux activités : gym, marche et jardinage, puis je prends des cours de natation aussi. Le sport est devenu un pilier. Mon corps, que j’ai tant malmené, est devenu un allié.  Je voudrais remercier la directrice et les employés de la résidence des Genêts qui sont à mon écoute et s’occupent très bien de moi. 

    En août 2025, j’ai été renversé par une voiture, mon unique pensée : « Mon Dieu, je ne verrais plus ma fille ! » Je ne voulais plus mourir. 

    Mes angoisses n’ont pas disparu. Elles font partie de moi. Mais je les connais mieux. Je les reconnais quand elles arrivent et aujourd’hui, je sais demander de l’aide au personnel soignant lorsque je sens qu’elles prennent trop de place, je ne me jette plus par la fenêtre pour les faire taire.

    Ma plus grande fierté, c’est ma fille, et sa force de caractère.
    Et puis, je suis tombée très bas, mais j’en suis revenue et j’en suis fière aussi. Oui, j’ai été aidée. Oui, j’ai été entourée. Mais c’est uniquement grâce à moi si je me suis relevée.

    Ma perception du droit des femmes : il y a eu de grandes avancées, le droit de vote, le droit à l’avortement, mais dans le quotidien, je ne trouve pas que tout ait tant évolué. Dans les familles, dans les couples, il reste des inégalités.

    Vous êtes-vous toujours sentie respectée dans vos droits de femme ?
    Non. J’ai travaillé des années sans être déclarée. C’est avec mes économies que j’ai voyagé avec ma maman et avec ma fille. De plus, suite à mes nombreuses tentatives de suicide, mon compagnon m’a demandé de quitter notre maison et je me suis retrouvée seule. 

    La liberté, parfois, se conquiert seule.

    À la jeune femme que j’étais, je dirais : “Nathalie, projette-toi dans une vie qui te plaît à toi, même si elle ne plaît pas à ton père. Fais ce que tu aimes ! Ne vis pas pour faire plaisir aux autres.”

    Aux jeunes femmes d’aujourd’hui : « Faites ce que vous aimez ! Ne vous laissez pas manipuler par votre père ou votre compagnon. Ne restez pas avec quelqu’un pour plaire aux autres. Si vous ne vous sentez pas bien, écoutez-vous et allez de l’avant. » Aux femmes qui vivent la dépression : « Quand on est aussi bas, se relever est extrêmement difficile. Chaque parcours est différent. Il faut retenir que l’on peut s’en sortir. »

    Un conseil aux proches : ne dites pas : “Allez, bouge-toi.” Ça ne sert à rien. « Les maux psychiques sont presque plus forts à faire disparaître que les maux physiques. » Ce qui compte, c’est l’écoute, beaucoup d’écoute. Dire simplement : “Je comprends que c’est difficile pour toi.”

    La souffrance psychique est invisible. Tant qu’on ne l’a pas vécue, on ne peut pas la comprendre. On parle souvent du suicide comme de lâcheté ou d’égoïsme. Je sais aujourd’hui qu’ils naissent d’une souffrance psychique insupportable. Quand on en arrive là, on ne cherche pas à faire du mal. On cherche à arrêter la douleur. On veut juste que le vacarme intérieur cesse.

    Pour moi, réussir sa vie, c’est faire ce qui nous faisait rêver jeune. C’est vivre sans contrainte, en accord avec soi-même.

    Quand on lira votre portrait, qu’aimeriez-vous que l’on retienne ?
    Aux personnes dépressives : même si vous avez du mal à y croire, il existe une issue au trou noir. J’en suis la preuve. Je suis une survivante, une miraculée. 

    Je ne veux plus mourir, j’ai appris, lentement, que demander de l’aide n’est pas une faiblesse.

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    Jocelyne – La plus Briviste des Parisiennes

    Jocelyne aura 69 ans dans quelques mois. Elle a une petite sœur, et deux fils.
    Née à Créteil, elle grandit à Paris en véritable Titi parisienne. Sa passion pour cette ville n’a jamais flanché et elle rêve d’y revenir y passer quelques jours, parce « quand on vit à Paris, on ne prend pas le temps de voir sa beauté ».

    Sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille : mariage, enfants puis des hospitalisations, un moral qui vacille comme une tempête. Le diagnostic tombe : Jocelyne est bipolaire. Son mariage n’y survivra pas. Elle est régulièrement hospitalisée. Un juge confie temporairement la garde au père. Mais l’amour, lui, n’a jamais été retiré par ordonnance.

    Au Ministère de la Justice, au Palais de Justice sur l’Île de la Cité, elle était à l’accueil, au service des crimes et flagrants délits. Autant dire qu’elle voyait l’humanité quand elle déraille. Les regards perdus, les colères, les larmes. Elle aidait les désorientés à retrouver un bureau et parfois un peu de dignité.

    À 55 ans, elle demande sa mutation. Son appartement parisien était devenu un mausolée intime. Ses fils y avaient grandi. L’un d’eux est parti trop tôt. On ne se remet jamais vraiment de la mort d’un enfant, on apprend juste à respirer autrement.

    Elle demande la Nouvelle-Calédonie. Refusée. Ce sera Le Mans.

    Sept ans qu’elle décrit comme « un enfer ». « Des terriens possessifs », méfiants envers la “Parisienne”. Elle continue à travailler à la cité judiciaire, elle encaisse puis finit par s’imposer. Une femme, à compétence égale, devrait avoir les mêmes droits et la même évolution de carrière qu’un homme, et elle n’en démordra pas. La retraite arrive enfin, et son déménagement vers Brive-la-Gaillarde avec. 

    Se rapprocher de son fils et de sa compagne devient essentiel. Elle emménage en centre-ville, déménage, réemménage dans un appartement plus adapté. Mais une hospitalisation va changer ses plans… 

    On la protège malgré elle. Une psychiatre impose un foyer logement, puis une résidence autonomie. Sur le moment, cette décision lui paraît injuste, on lui impose un mode de vie, on la prive de son intimité. Peu à peu, Jocelyne s’habitue, trouve sa place, rencontre des amies… 

    Jocelyne n’a jamais cessé de penser, d’écrire, de lutter.

    Elle rédige des articles pour le journal de la résidence des Genêts, mais surtout elle écrit des poèmes. Solidarité est celui qui parle de ce qu’on ressent quand on vit dans une résidence autonomie, il est même affiché dans l’ascenseur pour qu’il puisse résonner en chacun.e.  

    Elle parle des femmes avec le feu tranquille de celles qui ont trop vu. Elle a fait partie des millions de femmes qui ont été victimes des mains « baladeuses » dans le métro, « cela a toujours existé ! » me dit-elle.

    Selon Jocelyne, le droit de vote est arrivé trop tard. On donne la parole aux femmes une fois par an :  le 8 mars. Et encore, pour s’exprimer, faut-il qu’elle ne soit pas esclave de son conjoint, de son employeur. Son rêve pour les femmes : que dans chaque usine, dans chaque institution, il faut des femmes qui appellent à la révolution, pour plus de reconnaissance et surtout à égalité de compétence, égalité de salaire et de statut. 

    Concernant les violences faites aux femmes, elle trouve que les femmes s’expriment davantage aujourd’hui, elles craignent moins de parler, peuvent faire appel à la Justice. On commence à les écouter, mais les peines restent trop faibles. 

    En vérité, elle ne croit plus vraiment en la justice. Elle parle de deux justices : celle des riches, celle des pauvres. Elle voudrait plus de femmes à la tête du système. 

    Ses fils sont sa plus grande fierté.
    L’un vit encore. Grégory, 42 ans, à Brive-la-Gaillarde et sa compagne Emilie lui ont offert le plus doux des cadeaux : Justine, 5 ans, qui aime les animaux, les gens, le partage et la vie. Entre Grégory et sa maman, c’est taquin, complice et solidaire dans le quotidien. 

    À la jeune femme qu’elle était, elle dirait :
    “T’en as mis du temps pour te réveiller…”

    Il a fallu attendre son arrivée au foyer pour qu’elle comprenne qu’elle a toute sa place en ce monde, et qu’elle est une belle personne. 

    Son message aux mères d’aujourd’hui :
    “Posez ce téléphone. Le temps avec vos enfants ne revient pas.”

    Pour elle, réussir, ce n’est pas briller. C’est sortir la tête de l’eau, passer du temps avec ses amis et ne jamais les lâcher, écouter, partager.

    Si son fils devait la résumer en trois mots, ce serait :
    Liberté. Fierté. Égalité.

    Et dans ses silences comme dans ses poèmes, il y a cette chose rare :
    une femme qui a chuté, qui s’est relevée, et qui continue de parler pour celles qui n’osent pas encore.

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    Kattel – La beauté habille le monde : n’oubliez pas de regarder avec votre cœur !

    Kattel a 24 ans. Elle vit à la Maison Heureuse depuis le 12 mai 2025. Originaire du Loir-et-Cher , elle a ensuite vécu à Périgueux avec sa maman, avant de s’installer à Brive. Elle se décrit comme une jeune femme attentive, bienveillante, toujours à l’écoute des autres, avec un grand cœur et beaucoup de gentillesse. Souriante de nature, elle aime rassurer les gens et être présente pour eux.

    Dans la vie, Kattel aime la mode et le maquillage. Prendre soin d’elle est important. Depuis toute petite, elle nourrit un rêve : devenir photomodèle. Inspirée par les concours de Miss France qu’elle regarde chaque année, elle se sent aujourd’hui à l’aise devant l’objectif, même si elle explique avoir encore besoin d’être guidée pour certaines poses. Elle sait que l’expérience viendra avec le temps.

    Sur le plan scolaire et professionnel, Kattel a suivi une formation en commerce à Périgueux, en apprentissage. Une semaine sur deux, elle était à l’école et le reste du temps en entreprise, chez Jardiland. Elle y a travaillé dès l’âge de 16 ans pendant deux ans. Polyvalente, elle s’occupait notamment des emballages cadeaux, de la préparation des fleurs et de l’accueil des clients. Lorsqu’elle rencontrait des difficultés, elle n’hésitait pas à demander de l’aide à ses collègues, restant toujours positive.

    Après son apprentissage, elle a été embauchée en CDI . Mais même si  elle aime les plantes, elle a finalement décidé de se réorienter, car le métier ne lui plaisait plus autant. En revanche, le contact avec les clients lui manque : conseiller, répondre aux questions et travailler avec le sourire sont des choses qui lui tiennent à cœur.

    Aujourd’hui, Kattel fait également du bénévolat à Emmaüs, dans le secteur des vêtements. Elle trie, range, organise les rayons et participe à la préparation des ventes. Elle apprécie particulièrement l’ambiance conviviale et le fait de se rendre utile aux autres. Pour elle, le bénévolat est essentiel et porteur de sens.

    Concernant sa vie personnelle, Kattel garde un lien régulier avec ses parents, séparés. Sa maman vit à Périgueux, où elle se rend parfois en train. Elle se sent bien à Brive et apprécie son quotidien à la Maison Heureuse, où l’ambiance est chaleureuse et les relations respectueuses.

    Kattel se dit fière du chemin parcouru. Elle a dû surmonter des épreuves et des traumatismes liés à son passé. Même si la guérison n’est pas toujours facile, elle garde espoir et confiance en elle. Elle se décrit comme une femme forte, courageuse, qui choisit de rester positive malgré les hauts et les bas.

    Pour l’avenir, ses projets sont clairs : trouver un emploi dans un magasin de vêtements, passer le code et le permis de conduire, et continuer à avancer jour après jour sans se mettre de pression. Plus tard, elle rêve aussi de fonder une famille, de trouver l’amour, de se marier et d’avoir trois enfants.

    À la petite fille qu’elle était, Kattel adresserait un message simple mais fort : être heureuse, s’épanouir, croire en ses rêves, ne pas regarder en arrière et avancer toujours vers l’avenir. Elle se dirait fière du chemin parcouru et de la force qu’elle a développée.

    Enfin, Kattel partage un message important, notamment à destination des jeunes confrontés au harcèlement : ne pas rester seul, parler à un adulte de confiance, à un parent ou à un professionnel. Elle témoigne qu’il est possible de prendre du recul, de pardonner et de se reconstruire sans rendre le mal pour le mal.

    Kattel souhaite que l’on retienne d’elle l’image d’une femme forte, courageuse, bienveillante et tournée vers l’avenir. C’est aussi une femme qui avance chaque jour un peu plus pour faire de ses rêves une réalité. 

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    Cette pure briviste laisse une empreinte positive auprès de chaque personne qui la croise. Ses yeux clairs, sa douceur, sa détermination racontent l’histoire d’une femme qui n’a cessé de travailler pour être libre, indépendante et transmettre ses valeurs à ses filles. A 40 ans, elle pense enfin à prendre soin d’elle.

     

    Pinar – Aussi forte que sensible

    Pinar est née à Brive-la-Gaillarde, et elle y a toujours vécu entre Gaubre et Tujac: une vraie Briviste dans l’âme et dans le cœur.
    Elle a grandi avec ses parents, son frère, sa sœur… et l’histoire de ses grands-parents venus de Turquie dans les valises du courage.

    À 20 ans, elle devient maman. La jeunesse, elle ne l’a pas vraiment “consommée”. Pas de parenthèse légère, pas d’insouciance. Une période difficile. Des responsabilités bien grandes pour des épaules encore jeunes.

    Elle aurait pu se perdre.

    Mais Pinar est franche. Honnête. Forte.
    Et aussi sensible — ce mélange qui donne une profondeur qu’on ne voit pas toujours au premier regard.

    Elle a étudié la restauration à Danton. Travaillé les week-ends chez Crescendo pendant le lycée. Tenté un CAP esthétique à Sylvia Terrade. Cherché sa voie. Testé. Avancé. Ajusté. 

    Puis la vie a repris le dessus. Elle se marie, sa seconde fille arrive. Elle donne la priorité à ses filles quelques temps, les regarde grandir, s’en occupe. Mais Pinar n’aime pas être isolée, le travail lui manque, elle a besoin de rencontrer, d’être active et indépendante.  

    Quand sa seconde fille entre au CP, elle veut retravailler. Elle postule à la Mairie, où elle est embauchée depuis. Aujourd’hui, elle travaille dans une école. Et elle adore ça. Les enfants. L’équipe. La bienveillance. Elle laisse une empreinte positive partout où elle passe — et ça, c’est essentiel pour elle.

    Divorcée depuis trois ans, maman de deux filles de 19 et 12 ans, elle avance droite. Entourée de ses amies, active au centre socio-culturel Jacques Cartier où elle participe à de nombreux ateliers, elle reste fidèle à ses valeurs.

    Ce qu’elle appelle la réussite ?
    Être bien dans sa peau. Dormir l’esprit tranquille. Vivre simplement. Être elle-même.

    Elle lit énormément. Des romans surtout.Elle regarde peu la télévision — elle préfère nourrir son imaginaire que subir celui des autres.

    À la jeune fille qu’elle était, elle dirait : 

    « Ne te laisse pas influencer. Écoute ton cœur. Si on t’impose des choses, ne les accepte pas. Tu es forte.« 

    Aujourd’hui, elle parle d’indépendance avec conviction. Le message qu’elle aimerait faire passer aux jeunes filles d’aujourd’hui : une femme doit être autonome, ne dépendre de personne. Faire des études. Oser parler quand quelque chose ne va pas. Ne pas se taire pour arranger le confort des autres. Si elle se marie, ce doit être la cerise sur le gâteau, mais elle doit rester libre et indépendante. 

    Elle se sent respectée en tant que femme en France, et elle en est reconnaissante. Mais elle sait aussi que cette liberté se cultive. Qu’elle se protège. 

    Pinar ne cherche pas une vie spectaculaire.
    Elle cherche une vie paisible, ne manquer de rien, avoir l’essentiel, une bonne santé pour elle et ses filles.  Sa vie, elle l’a construite par son travail, avec sa constance, son sérieux, sa dignité.

    Elle ne compte que sur elle-même, même si sa famille et ses amies sont là.

    Les périodes difficiles ?
    Elles l’ont formée.
    La persévérance ?
    Elle l’a prouvée.

    Aujourd’hui, à 40 ans, elle est épanouie. Plus que jamais.
    Et ça se voit dans sa manière d’être au monde : sans masque, sans jugement, avec cette force tranquille des femmes qui ont traversé la tempête… et qui ont choisi de rester lumineuses.

    ~~~

     

     Asmae – Danser avec la vie et devenir l’actrice de son histoire

    Je suis née au Maroc, où j’ai vécu quarante ans. J’ai grandi dans une famille stable matériellement, mais marquée par la dureté émotionnelle. Ma mère était sévère, mon père doux et aimant. Sa mort a laissé un vide, mais aussi une leçon : comprendre, avec le temps, sans nier la douleur.

    Bonne élève, j’ai obtenu mon baccalauréat et commencé des études de droit en français. Un grave accident de voiture à vingt ans a bouleversé ma vie. Le fauteuil roulant, la rééducation, puis le harcèlement m’ont forcée à renoncer à mes études, mais pas à avancer.

    Je me suis construite par le travail. Pendant dix-sept ans, j’ai travaillé à la mairie au Maroc, tout en me formant, en créant une association sportive féminine et en gérant un institut de beauté. J’étais active, autonome, engagée.

    À quarante ans, tout a basculé. En 2015, je suis arrivée en France, enceinte et seule. J’ai tout laissé derrière moi. Grâce à l’aide d’associations et de professionnels, je me suis reconstruite. Mon fils est né ici. Il est devenu le centre de ma vie, ma force et ma responsabilité.

    Arrivée à Brive en 2018, j’ai traversé des débuts difficiles avant de trouver des repères, une vie de quartier, une chaleur humaine. J’ai appris la langue, les codes, l’intégration. Pour moi, vivre dans un pays, c’est le respecter, apprendre sa langue et ses règles. La France m’a offert des droits, une école, une protection pour mon enfant. Je n’oublie pas cette chance.

    Je suis une femme qui donne beaucoup. Trop, parfois. J’ai appris à dire non, à poser des limites, à me respecter. J’ai compris que trop de gentillesse a un prix, que certaines trahisons apprennent la solitude protectrice, et que le respect n’est jamais négociable.

    Être mère m’a rendue vigilante. Mon fils est intelligent, sensible, parfois peureux. Mon rôle est de le protéger, l’accompagner et de lui transmettre la confiance. Je veux qu’il reste doux dans un monde dur. Je lui apprends à ne pas juger, à aimer, à respecter ainsi qu’à penser par lui-même.

    L’apprentissage est une valeur centrale pour moi. Apprendre n’est jamais une honte. J’ai repris l’anglais pour l’aider à l’école. Nous apprenons ensemble. Je crois que l’éducation est un chemin de liberté.

    Je porte une vision lucide de la place des femmes. L’égalité est nécessaire, mais elle ne doit jamais nier le corps, la fatigue, la douceur. Être forte ne veut pas dire être traitée sans humanité. Le rôle de la mère reste unique, exigeant, invisible, mais puissant.

    Dans mon travail avec les enfants, notamment ceux en situation de handicap, j’ai trouvé un sens profond. Je n’y cherche pas la sanction, mais l’écoute, l’apaisement et la protection. Les enfants sentent quand ils sont aimés. J’ai des bras assez grands pour tous.

    Aujourd’hui, je ne me définis plus par ce que j’ai perdu, mais par ce que j’ai construit. J’ai résisté et j’ai traversé l’exil, la solitude, la peur, sans m’effondrer. J’ai appris que la force n’est pas la dureté, mais la capacité à rester humaine.

    Je n’avance plus par peur.
    J’avance par choix.

    Je suis Asmae :
    une femme consciente de ses fragilités et de sa force,
    une mère engagée,
    une personne debout,
    qui transmet ce qu’elle aurait aimé recevoir.

    ~~~

     

    Nicole est née en 1947. Elle a travaillé dur, aimé profondément, traversé des pertes, élevé une fille, accompagné les autres jusqu’au bout. Elle n’a jamais cherché à être une héroïne. Nicole a simplement continué. Ce témoignage raconte une vie debout. Une vie de courage ordinaire et de dignité silencieuse.

     

    Nicole – Une vie debout : avancer malgré tout 

    Nicole avance. Toujours.
    Même quand les genoux grincent, même quand la canne accompagne les pas, même quand la vie a secoué trop fort. Elle avance avec cette énergie tranquille des femmes qui ont beaucoup donné et qui, pourtant, n’ont rien perdu de leur lumière.

    Bientôt 79 ans, Nicole vit dans le quartier de Rivet. Veuve depuis 2008, retraitée depuis dix ans, elle dit profiter de la vie « tant que ça dure ». Et elle le fait vraiment : gym deux fois par semaine, chorale, concerts, répétitions tardives, projets plein la tête. Monter sur scène la rend vivante. Elle aime chanter entourée, portée par les voix des autres, par l’émotion collective.

    Née en 1947 dans une ferme de Charente, Nicole a grandi entre la terre et les départs. Son père, entré dans la gendarmerie, emmène toute la famille en Tunisie. Onze années de lumière, de mer, de cultures mêlées. Là-bas, Nicole apprend très tôt que la différence n’est pas une menace, mais une richesse. Juifs, musulmans, chrétiens vivent ensemble. On partage les repas, les fêtes, les rires. Cette ouverture ne la quittera jamais.

    Le retour en France est plus rude. Son père n’est plus aussi présent car toujours gendarme et sa mère est dure, fatiguée, peu démonstrative. L’affection manque, mais la fratrie se serre les coudes. Nicole apprend à se débrouiller, à tenir bon, à ne pas attendre qu’on lui donne ce qu’elle peut se construire seule.

    Jeune, elle quitte le lycée et part travailler dans un aérium à Oléron. Là, elle s’occupe d’enfants de 2 ans à 14 ans venus de quartiers défavorisés de Grenoble et Paris « des bidonvilles », fait tout : soigner, enseigner, consoler. Elle est à la fois éducatrice, mère, infirmière. C’est dur, mais profondément humain. Et c’est là qu’elle rencontre celui qui deviendra son mari.

    Avec lui, elle ouvrira plusieurs restaurants. Le dernier à Brive.  Lui en cuisine, elle en salle. Accueillir, servir, écouter : Nicole adore ça. Ils travaillent énormément, sans compter leurs heures. Ils auront une fille, Élise, leur plus grande fierté. La vie semble bien lancée.

    Puis tout bascule. Accidents, perte du restaurant, précarité. Nicole ne s’effondre pas. Elle serre les dents, va à l’usine, fait de l’intérim, accepte les petits boulots. Nicole demande de l’aide quand il le faut. Elle tient pour sa fille.

    Elle devient auxiliaire de vie presque par hasard. Et découvre une vocation. Pendant plus de douze ans, elle accompagne des personnes lourdement handicapées, dépendantes, parfois jusqu’à la mort. Elle donne sans compter, physiquement et moralement. Elle voit la fragilité humaine de près, mais aussi une immense dignité.

    Aujourd’hui encore, malgré les opérations, malgré les douleurs, Nicole ne renonce pas. Elle chante, elle rit, elle s’engage. Nicole refuse de se laisser enfermer entre quatre murs et croit à l’avenir, aux autres, à la transmission.

    Ce qu’elle dirait à  la jeune fille qu’elle était : « N’aie pas honte de qui tu es. »

    Aux femmes d’aujourd’hui : « Restez courageuses. »

    Si on lui demande ce qu’elle veut qu’on retienne d’elle, elle répond sans hésiter : la positivité et l’espoir.

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    Toujours positive, courageuse et généreuse, Houda illumine les cœurs autour d’elle. Maman de quatre enfants et femme de valeurs, elle avance dans la vie avec force, bienveillance et optimisme, partageant son énergie et sa lumière partout où elle va.

     

    Houda – Une âme solaire

    Je m’appelle Houda, j’ai 52 ans. Mariée, je suis mère de quatre enfants, et je travaille de façon saisonnière. Je vis à Tujac, à Brive, entourée de ma famille et de ceux que j’aime. Et je peux vous dire… je me sens chanceuse chaque jour de voir ces visages que j’aime autour de moi.

    Je suis née dans une famille heureuse, avec mes deux frères aînés, ma maman et mon papa. Ma maman… oh, ma maman ! Elle a toujours été la plus grande lumière de ma vie. Mon père nous aimait profondément, mais il nous a quittés quand j’avais dix ans. À la maison, il y avait le respect, l’entraide, le partage… et l’amour. Ma maman nous a appris à être fortes, à nous soutenir, à avancer malgré tout. Même dans les moments les plus difficiles, elle chantait. Et moi, je la regardais, et je comprenais que la vie, malgré les coups durs, pouvait continuer. Elle nous a donné tout son amour. Aujourd’hui encore, je sais qu’elle est fière de nous, même si elle n’est plus là depuis quatorze ans.

    Ma vie m’a menée loin, beaucoup plus loin que je ne l’aurais imaginé. J’ai voyagé, j’ai travaillé avec des gens de toutes cultures, et cela m’a ouverte, enrichie. Mais la rencontre la plus importante de ma vie reste celle de mon mari. Mon ami, mon confident, mon frère de cœur. Avec lui, nous avons quatre enfants : nos petits cœurs, ma plus grande richesse, mon moteur chaque jour. Pour tout cela, je remercie Dieu, vraiment.

    J’ai appris à ne jamais abandonner. Que ce soit dans mon travail ou dans la vie, ma persévérance est ma fierté. J’ai toujours aimé travailler dans des équipes multiculturelles : comprendre les autres, apprendre d’eux, partager mes connaissances. C’est ça qui me fait grandir.

    Je crois profondément aux droits des femmes. Aujourd’hui, certaines choses ont changé : nous pouvons travailler, étudier, nous exprimer. Mais l’égalité n’est pas complète : certaines femmes subissent encore des violences, des discriminations, des inégalités de salaire. Pour moi, protéger les femmes et lutter pour une vraie égalité est essentiel.

    À moi-même, je dirais : n’aie pas peur, reste forte, crois en toi. Avance malgré les obstacles, poursuis tes rêves, et ne laisse jamais personne te décourager. Aux jeunes filles, aux femmes : suivez vos rêves, respectez-vous, croyez en vous. Construisez un avenir dont vous serez fières.

    Pour moi, réussir sa vie, ce n’est pas avoir de l’argent ou un grand titre. C’est être heureuse, entourée des gens que l’on aime, se sentir bien avec soi-même. Trouver un équilibre entre vie personnelle et projets, tout en restant fidèle à ses valeurs.

    Mais la vie… la vie n’a jamais été simple.

    C’était dur. Très dur. J’ai travaillé en Espagne, cherché du travail, et ma sœur était avec moi au début. Nous avons commencé en Andalousie, puis Valence, puis Barcelone, à la cueillette des oranges et des mandarines. La chaleur, le soleil brûlant, les longues journées… Mais quelle aventure ! Fou, drôle, épuisant, mais magnifique.

    Pendant cinq ans, nous avons été séparés avec mon mari.  Moi, je travaillais dans les champs d’Espagne, sous 45, 50 degrés, dans des serres de poivrons ou d’oranges. Mon cœur souffrait parfois de la chaleur, mais j’aimais ces plantes, j’aimais ce travail. Lui, il travaillait ailleurs. Et petit à petit, nous avons reconstruit notre vie, ensemble.

    Nous avons vécu à Grenade, avec sa maman. avec le temps, nous avons trouvé un équilibre.

    Quand nous nous sommes mariés, j’étais déjà plus âgée. J’ai eu mes enfants rapidement, tous les deux ans environ. Nous sommes venus en France, avec mes valises, mes enfants et sa maman. Tout était à organiser, peu de choses à emporter, et pourtant… nous avons commencé une nouvelle vie.

    Aujourd’hui, je veux que l’on retienne de moi que je suis une femme courageuse. Je dis toujours : vivez le bonheur, profitez de la vie. Soyez responsables, aidez les autres, restez positifs et persévérez. Suivez vos rêves et ne lâchez rien. Si mon histoire peut inspirer quelqu’un, c’est déjà suffisant.

    Ce qui me définit ? Je suis solaire. Même quand je me néglige, je redonne le sourire aux autres. Je choisis mes moments et mes personnes, car la vie est courte. Je m’accroche à ceux avec qui je me sens bien, et je partage mon énergie et ma positivité.

    Voilà qui je suis : une femme courageuse, optimiste, fidèle à ses valeurs. J’ai traversé des épreuves, j’ai pleuré, j’ai ri, j’ai aimé. Et je continue d’avancer, avec la foi et l’espoir, en illuminant, autant que je peux, les cœurs autour de moi.

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